Lorsque le dernier animal ...

 

 

" Lorsque le dernier animal disparaîtra, l'homme mourra de chagrin... "

 

 

 

Le peuple des Premières Nations détient un savoir inhérent de l'écologie. Depuis des milliers d'années, par une observation objective et précise, il a acquis des connaissances sur le milieu où vivent et se reproduisent les êtres vivants ainsi que sur les rapports de ces êtres avec le milieu. Aujourd'hui, ces connaissances se transmettent à travers ses légendes propres et se manifestent dans son mode de vie quotidien, dans ses rituels et ses cérémonies.

Dans le cercle de la vie, l'homme n'a pas de place privilégiée. Qu'il s'agisse des quatre éléments : air, terre, eau, feu; du monde végétal; du monde animal et de l'homme; chacun a un rôle primordial à jouer. Tous sont interreliés et dépendent les uns des autres. Si un de ces éléments est en déséquilibre, il s'ensuivra nécessairement une fragmentation du cercle, donc une indubitable impossibilité d'harmonie. Par conséquent, il n'y a pas de concept hiérarchique, il n'y a pas d'élément qui occupe une place ou un degré au-dessus. L'homme ne surpasse pas les autres êtres vivants, il les complète.

L'animal est un être vivant faisant partie intégrante de la création avec un instinct de survie, une manière de se comporter, d'agir et une connaissance intuitive. Il transmet aux humains des enseignements appartenant à la nature sensible, au monde physique; des valeurs et des principes d'ordre moral. Cette relation étroite avec l'animal émane du lien spirituel qui nous lie avec lui et que nous qualifions de relation symbiotique. Nous sommes conscients que ce rapport provient d'une origine commune et nous ressentons une profonde relation de parenté. De cette relation est né un mode de vie spirituel. Chaque geste posé envers l'animal est empreint d'un profond respect, d'une ardente gratitude.

La culture autochtone abonde de légendes fréquemment incarnées par des animaux, destinées à illustrer des règles à suivre ou des valeurs telles que le respect, la fierté, l'identité, l'amour, le partage, l'entraide, l'amitié, la sagesse, l'harmonie, la bonté, la fidélité, la liberté, la mort et les croyances. Ces légendes, d'une richesse exceptionnelle, sont un moyen de transmettre une manière d'agir et de ressentir. Elles nous apprennent à maintenir une relation étroite avec tous les êtres vivants qui tous ont les mêmes droits, la même valeur.

Dans la culture autochtone, la chasse est un acte spirituel. L'homme s'imprègne de l'esprit de l'animal, connaît ses mœurs, fait une offrande de tabac et se dirige dans son habitat en ayant à l'esprit que s'il tue, cet acte devient un coup de grâce et non un coup de chance. Il n'a pas le sentiment de prendre cette vie car il rendra à la terre, son origine, ce qu'il n'utilisera pas et ainsi maintiendra l'équilibre du cercle de la vie. Il considère l'animal comme l'un des siens. Il prend sa nourriture et certains éléments tels la peau, les plumes, les sabots, les dents, les os et la fourrure pour fabriquer des objets sacrés qu'il utilisera pour les rituels et les cérémonies spirituelles. Ce qu'il ne peut prendre, comme par exemple les entrailles, il le retournera à la terre. Par ce geste, le chasseur voue une immense gratitude et un respect profond à cet être vivant. Il est conscient de l'appartenance de l'animal au cercle dont il fait lui-même partie. Il se doit de sauvegarder la dignité de l'animal, même dans la mort, pour ainsi rétablir l'équilibre. Le processus de la relation se poursuit avec la femme qui accueille et prépare l'animal avec cette même attitude de respect et de gratitude que celui qui le lui apporte. Elle prépare le makocan qui signifie le " festin de l'ours ". Ce geste devient donc une nécessité pour transmettre aux enfants et rappeler aux autres cette relation de parenté.

Notre respect de toute forme de vie comme faisant partie de la même création en est l'origine. Étant donné que chaque être vivant est en interrelation, que chacun a sa raison d'être, nous avons à cœur de maintenir cet équilibre. Pour y parvenir, nous avons observé attentivement les mœurs des animaux et nous avons établi une gestion circulaire de notre territoire de chasse pour qu'il y ait une régénération naturelle de la faune. Nous pratiquons une gestion de l'espèce végétale de manière à ne pas déséquilibrer l'habitat naturel de l'animal. Nous obéissons au cycle des saisons qui détermine chez l'animal ses périodes de reproduction, de mise à bas, de son comportement alimentaire et de déplacement. Nous faisons confiance aux prédateurs et aux phénomènes climatiques comme faisant partie du cycle naturel. Nous n'épuisons ni ne déplaçons une espèce de son milieu. Nous ne tuons pas les petits qui sont nés au printemps et nous épargnons toute femelle. Enfin, l'essentiel est de laisser à chaque être vivant sa liberté que nous considérons comme un droit fondamental.

Lorsqu'on pratique la déforestation, la pollution sur toutes ses formes, le braconnage, les tests des produits nucléaires dans l'environnement, l'inondation des territoires sous le seul prétexte économique, on crée un déséquilibre alarmant du cercle de la vie. En ne tenant compte que de la relation économique avec les êtres vivants, on néglige et on risque de mettre en péril l'aspect social, environnemental et spirituel qui est à la base de l'harmonie et de la survie de toute forme de vie, de toute société. Nous assistons impuissants à ce triste spectacle que des hommes d'une culture autre que la nôtre orchestrent. Cela suscite en nous de profonds sentiments de colère, d'incompréhension, de tristesse et de compassion face à ce génocide dans lequel les animaux sont de malheureuses victimes.

Parallèlement, soit par un besoin de déculpabilisation soit par un besoin de supériorité, des hommes ont créé un autre type de forme animale qu'ils ont domestiquée, clôturée, nourrie, et rendue dépendante de l'humain. Ils ont créé une forme animale qui a perdu tout instinct de survie, toute relation symbiotique avec l'humain et qui ne se lie que par une relation économique. Aussi lorsqu'on considère un être vivant comme une simple marchandise, est-il vraiment nécessaire de parler de droit?

 

Par Charles Coocoo
L'auteur, attikamek, est bénévole social de Wemotaci